Jeux de mots normands, ou comment le « chat » devient le « cat »

Tout ce que vous devez savoir sur la Ligne Joret

Photo ©WC Minor – Wikipédia

À partir de la Côte Fleurie, ligne évidente départageant terre et mer, enfonçons nous dans le Pays d’Auge, par exemple vers les alentours d’Orbec, jusqu’à rencontrer une autre ligne. Une ligne qui « fleure » bon le passé et nous révèle un aspect étonnant de notre territoire : la ligne Joret, du nom de cet éminent linguiste de la fin du XIXe siècle. Il observa que de part et d’autre d’une ligne allant de Granville à Gisors on ne prononçait pas tout à fait certains noms de la même façon. Ce qu’en termes techniques on
appelle un isoglosse.

Prenons quelques exemples concrets, justement près d’Orbec. Deux villages quasiment limitrophes ont de toute évidence des noms de même origine. Mais l’un s’appelle « La Chapelle-Gauthier » et l’autre « Capelle-les-Grands ». Capelle étant au Nord de la ligne Joret, La Chapelle au Sud !

Plus fort, au Sud, le hameau « Chenerault » et au Nord, le lieu-dit « Quesne au cat », ont pour racine (si on peut dire) le même arbre. Quant à « cat », les anglicistes l’auront facilement traduit en « chat ».

En fait, on retrouve au Sud, de la ligne Joret la langue française et au Nord, le normand-picard. Si les similitudes sont frappantes entre cette dernière et l’anglais, c’est tout simplement parce que Guillaume le Conquérant a traversé La Manche avec son armée et… sa langue ! Une autre éminente linguiste, Henriette Walter, s’est d’ailleurs amusée à explorer ce que la langue anglaise doit à ce patois.

Localement, les gens du Sud de la ligne, ironisaient sur le patois des gens du Nord, qui simplement parlaient une langue plus authentique. Les vaques y paissaient, les pouques (pouches – grand sac en toile) étaient pleines de pommes, les quiens aboyaient et l’on pêchait sur la Côte Fleurie des crevettes (petites chèvres de mer).

La lettre « C » n’est pas la seule concernée puisque toujours dans le domaine de la toponymie, on écrira « Vauville » au Nord (près de Deauville) et « Gauville » au Sud, près de l’Aigle. My god, on y perd notre latin !

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