“La Llorona” de Jayro Bustamante | CULTUR’ET VOUS

La Llorona

La Llorona (la pleureuse) est une des plus anciennes légendes latino-américaines. Une femme abandonnée par son mari met au monde deux fils hors mariage. Le soudain retour de celui-ci la force à noyer ses enfants par souci de respectabilité. Regrettant aussitôt, elle se suicide. Elle est condamnée à pleurer pour le reste de sa vie. Bien qu’elle sache qu’il s’agit d’un mythe, une grande partie de la population y croit encore. Le réalisateur, Jayro Bustamante l’adapte en l’inscrivant dans l’histoire récente du Guatemala. Il fait de sa Llorona, loin d’être une victime d’un ordre social et moral, une vengeresse. Julio Diaz campe un général inspiré par Efraín Ríos Montt, coupable du génocide des indigènes perpétué 30 ans auparavant, pendant sa brève présidence autoproclamée. En 2018, il est condamné à 80 ans de prison puis acquitté par une justice complice. Acculé dans sa somptueuse villa par une foule de manifestants brandissant les photos de leurs morts disparus ; protégé par la police, il est prisonnier avec sa famille en plein déni. Suite à l’abandon de ses domestiques, sa fidèle servante fait venir de son village « Alma », une jeune femme maya dont elle ne sait rien. Son mutisme, sa robe blanche, les longs plans mystérieux, silencieux, participent à l’ambiance anxiogène de ce camp retranché. Est-elle venue punir celui que la justice n’a pas condamné ? Lentement rattrapé par la vérité, le vieillard insomniaque croyant entendre une femme pleurer, pris par sa paranoïa, trouble le silence de la maison en tirant sur des ombres. C’est dans ce huis-clos que le cinéaste développe son style grâce à de longs plans séquences et une lumière fortement contrastée, presque fantomatique. « Afin d’attirer un public guatémaltèque préférant le cinéma de divertissement et peu enclin à regarder en arrière », il emprunte les codes du cinéma de genre. Il s’inscrit ainsi dans l’émergence récente d’une veine fantastique du cinéma d’auteur latino-américain, le réalisme magique. 

Par Sylvain de Cressac, cinéma d’Houlgate

Séance en VO

le vendredi 21 février à 18h

au cinéma du Casino d’Houlgate 

au tarif unique de 5.5€

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