Nadine Monfils, invitée de “Une (parenthèse) avec”

Nadine Monfils,

la plus Normande des écrivaines Belges

 

Tombée sous le charme de Dives-sur-Mer, l’écrivaine et réalisatrice Nadine Monfils a quitté sa Belgique pour y poser ses valises. Avec le grain de folie qui la caractérise, elle a désormais ses habitudes sur la Côte Fleurie et y trouve l’inspiration pour ses romans policiers… déjantés. Elle s’est confiée avec enthousiasme et bonne humeur à La Gazette fleurie. 

Photo ©Mélania Avanzata

Nadine Monfils…

Native de Belgique, vous êtes passée par Paris, pour finalement vous installer à Dives-sur-Mer. Comment êtes-vous arrivée ici ? 

Tout à fait « par hasard » en me trompant de chemin. Je ne connaissais pas du tout la Normandie et je trouvais que sur les photos, les côtes normandes étaient bien plus belles que celles de la mer du Nord en Belgique, complètement défigurées par les buildings. J’ai voulu voir Cabourg… et en rentrant, on est passés devant le village d’art de Guillaume le Conquérant, à Dives. Coup de foudre ! J’ai vendu ma maison en Belgique pour venir m’installer ici avec mon mec et mon chien Léon. Mais je garderai toujours mon appart à Montmartre. J’aime la mer, mais j’aime aussi la Butte et le Moulin Rouge !

La Côte Fleurie est le décor de votre livre « Le Rocker en Pantoufles ». Qu’est-ce qui vous inspire ici pour écrire ? 

Tout ! Les paysages, les ciels magnifiques qui colorent la mer, les gens (dans mon village de Guillaume le Conquérant c’est un peu le camp retranché d’Astérix et j’adore ça, avec des personnages hauts en couleurs) et aussi les mystères qui hantent les lieux.

Vous avez un style littéraire bien spécifique, et disons-le, un brin déjanté. D’où vous vient-il ?

Je ne sais pas… Sans doute de mes racines belges ! On dit de nous que nous sommes des fous surréalistes et les Français nous aiment bien. 

Vous ne vous prenez jamais au sérieux, et vous êtes toujours souriante. Est-ce important pour vous ?

L’humour et la gentillesse c’est ce qui nous tient debout et c’est aussi un cadeau tout simple qui peut faire du bien aux autres.

Vous performez dans les enquêtes policières décalées, notamment avec le commissaire Léon. Comment est né ce
personnage et comment vous inspire-t-il à chaque histoire ? 

J’ai écrit dix livres avec ce personnage (chez Pocket). J’adore les homos, les travestis et leur côté féminin assumé. Pour moi, Léon a cette part de féminité comme tout homme, mais souvent ils la cachent, alors que c’est ce qui les rend attachants. Donc, depuis qu’il a arrêté de fumer, le commissaire Léon tricote en cachette des paletots ringards pour son chien. Mais j’ai également créé une série de polars complètement pétés avec mémé Cornemuse, une vieille bique inébranlable, fan d’Annie Cordy et amoureuse de Jean-Claude Van Damme (chez Pocket aussi).

Vous avez adapté au cinéma votre livre Madame Édouard avec Josiane Balasko, Didier Bourdon, Michel Blanc, Dominique Lavanant, Annie Cordy, … Avez-vous d’autres projets pour le cinéma et avec qui aimeriez-vous tourner ? 

J’aimerais beaucoup, mais le monde du cinéma a beaucoup changé. En littérature aussi, mais on est encore libres… Jusqu’à quand ?  On entre dans le formatage et c’est ce que j’ai toujours fui. Je suis comme la chèvre de M. Seguin, on me met une barrière et je la saute. En amour aussi. Je suis Verseau… Pas de vie, pas d’art sans liberté ! 

Vous avez obtenu de nombreux prix. Est-ce que vous êtes sensible à ces récompenses et sont-elles importantes pour vous ? 

C’est toujours sympa. On n’écrit pas pour ses tiroirs et un prix signifie une reconnaissance de nos pairs. Puis une occasion de fêter ça au calva !

Avec « Le Rêve d’un Fou », votre dernier livre dont les critiques sont élogieuses, combien avez-vous écrit d’ouvrages et comment faites-vous pour écrire autant ? 

J’ai cessé de compter à 80. J’ai toujours eu ce rythme-là. C’est un peu belge aussi… On est prolifiques chez nous autres et éclectiques (j’ai écrit des pièces de théâtre jouées en Belgique et en France, écrit et réalisé un film, des albums pour enfants, des romans historiques, érotiques, littéraires, polars, …) donc déroutants pour les Français qui aiment nous classer dans des genres bien définis. On les déstabilise, mais quelque part, je pense qu’ils aiment bien. Ils nous considèrent un peu comme les chahuteurs de la classe. Les plus attachants à mon sens. Enfin moi quand j’enseignais (j’étais prof de morale et j’écrivais des « Contes pour petites filles perverses »), j’avais une préférence pour les cancres. 

En Belgique vous êtes une star. En France, un peu moins. Avez-vous une explication ? 

Pas tout à fait juste. En France je vends beaucoup aussi. C’est pas parce qu’on ne passe pas à « La Grande Librairie », ou qu’on ne fait pas partie du sérail qu’on vend moins. Au contraire. Et j’ai quand même un grand fan qui est Gérard Collard (libraire et chroniqueur au « Magazine de la santé »). Grâce à lui, j’ai vendu près de 300 000 exemplaires des « Vacances d’un serial killer » – ce qui est énorme. Et mon dernier livre, « Le rêve d’un fou » (fiction autour du Facteur Cheval et son Palais idéal dans la Drôme), démarre sur des chapeaux de roues.

Enfin, on dit les gens lisent moins. Est-ce que vous le constatez ? Et que leur diriez-
vous pour qu’ils lisent plus ? 

Heureusement, il y a toujours des gens qui aiment lire ! Ils savent (et les jeunes aussi) que le livre leur permet de s’évader, de rêver, de réfléchir… Tout le monde n’entre pas dans le rang des moutons qui ingurgitent des hamburgers à la télé (du pain et des jeux idiots pour endormir le peuple et mieux le manipuler). Ça n’a pas changé depuis César. Juste le prénom qui rappelle un film érotique…

À ceux qui n’aiment pas lire, je leur dirais que lire ouvre la porte au rêve et à la liberté. Il y a des auteurs emmerdants. Il faut aller vers ceux qui nous donnent envie, nous entraînent dans leur univers. Ceux qui nous embarquent dans une aventure ou une intrigue où il est impossible de lâcher le bouquin. Une chose dont je suis fière c’est que mes livres ont donné envie de lire à des gens ou des jeunes qui n’aimaient pas du tout ça. J’ai un peu le public de Tintin, de 7 à 77 ans…

Nadine Monfils, vous êtes plutôt…

Du genre à tourner la page ou pas après une dispute ?

Ça dépend de l’ampleur de la dispute. Je déteste qu’on me manipule. Si c’est un coup de gueule, je pardonne. Mais il me faut un petit temps de digestion. Par contre, à mes fils, je pardonne absolument tout, sans exception. Parce que je les aime plus que tout au monde. 

Cahier et stylo ou ordinateur ?

Ordi pour mes romans. Stylo pour mes lettres d’amour…

Couverture ou couette ?

Couette, j’aime les plumes d’anges.

Café littéraire ou café calva ?

Café calva sans hésiter ! Je me fais chier dans les cafés littéraires. J’aime les bistrots où on rigole, où on peut se lâcher.

À l’école, punition au coin ou à écrire des lignes ?

Punition au coin, avec un bonnet d’âne de préférence. J’adore les animaux ! 

Roman policier ou roman photo ?

Les deux. 

Commissaire Navarro, Julie Lescaut ou Maigret ?

Maigret. Suis fan de Simenon. Vu tous les films tirés de ses livres, et lu pratiquement toute son œuvre (là, je suis plongée dans un Maigret « L’ombre chinoise » j’adore ! ). J’aime particulièrement Bruno Cremer en Maigret.

Du genre à prendre les choses au pied de la lettre ou à laisser dire ?

Ça dépend de qui ça vient comme disait ma grand-mère…

Une histoire belge bien ficelée ou une histoire française sans fin ?

Une histoire belge bien ficelée. Je serai toujours amoureuse de l’esprit belge, du surréalisme et de notre sens de la dérision. Même si j’adore la Normandie. J’ai besoin d’aller régulièrement à Bruxelles, dans mon quartier populaire des Marolles (marché aux puces). Mais la mer ici chasse mes nuages. Et j’ai cinq ans quand je marche dans le sable.

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