Pourquoi les villes normandes terminent en -ville ? Cultur’et vous !

La minute cultur’G :

Quand on arrive en –ville…

Combien de Normands parmi nos lectrices et nos lecteurs ? Combien de Normands de souche, j’entends ? Selon vous, quel est l’héritage principal des Vikings en Normandie ? Est-il culturel ? Archéologique ? Anthropologique ? Génétique ? Linguistique ? Institutionnel et juridique ? Inutile de rayer les mentions inutiles… sachez juste qu’il est avant tout linguistique.

Faisons un zoom avant sur la Normandie et intéressons-nous à un phénomène auquel les autochtones ne prêtent plus attention… Un phénomène qui a toutefois de quoi déstabiliser les touristes et les visiteurs qui arpentent et découvrent notre région.

Ainsi, la toponymie (l’étude des noms propres des lieux) met en exergue un nombre considérable de noms en -ville dont le décompte nécessiterait une bonne calculette, équipée de piles neuves. Ouvrez le ban : Deauville, Trouville, Canapville, Blonville, Équemauville, Tourgéville, Merville-Franceville.

Pour obtenir une explication retrouvons-nous à l’ère des Vikings. Le Docteur Jacques Sellier, ancien médecin à Deauville pendant une trentaine d’années, féru de toponymie et d’anthroponomie (l’étude des noms de personnes) nous apporte de précieux enseignements : « Les Vikings, après avoir fait main basse sur les terres occupées par les Francs, ont utilisé le mot latin – villa qui désignait alors les grandes fermes et les domaines agricoles et l’ont fait précéder de leurs noms respectifs. Sur ce modèle, Trouville désigne Thorulf – villa, soit le domaine de Thorulf . De même Tourgéville, dont le nom trouve son origine dans Thorgisl-villa (le domaine de Thorgisl…). »

Et de préciser : « Les toponymes en -ville commencent à apparaître en Normandie vers les VIIe-VIIIe siècles, mais connaissent leur plus grand succès assez tardivement (Xe-XIe siècles). Ils déclinent à partir du XIIe siècle. Il est exceptionnel d’en voir se créer après le XIIIe siècle.

La présence massive de ces noms scandinaves qui précèdent -ville pourrait être due à la nécessité, lors de la constitution du duché de Normandie de fixer, par écrit, à travers les relevés fonciers, les propriétaires des terres. »

Les noms tels qu’on les croise aujourd’hui sont issus de la traversée plus ou moins tourmentée du langage, à travers les siècles.

Le nom de Deauville se base sur le même principe, mais le préfixe aurait un rapport à l’eau et ne désigne donc pas un patronyme scandinave. Notez que Auberville, Villerville ou encore Bonneville sont des exceptions qui confirment la règle.

Voilà donc le début d’une explication : la grande majorité des villes en -ville dérivent de la colonisation scandinave. Et c’est au Docteur Sellier, à qui j’adresse mes remerciements appuyés que nous la devons.

On en trouve surtout près du Havre et de Cherbourg, précise-t-il, et bien entendu le long des côtes de la Manche. 

Ce n’est certes pas une exclusivité normande, mais nous sommes la région de France où le phénomène est, indiscutablement, le plus marqué.

Vous avez toujours la calculette du premier paragraphe à portée de main ? Elle va vous servir de nouveau… Le nom d’une commune normande sur 5 est formé sur ce type (soit 20%). Sur 36 000 communes en France, seulement un millier de noms se terminent en –ville. Or presque la moitié, 460 exactement, se trouve en Normandie, qui ne compte que 3 200 communes (14,2 %).

Gageons que, désormais, vous ne regarderez plus les panneaux indicateurs de la même façon, dès lors qu’ils arboreront un nom – voire plusieurs noms – de ville ou village en -ville !

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